Le 15 avril dernier, un accord entre Bruxelles et Londres a été signé, marquant officiellement le retour du Royaume-Uni au sein du programme Erasmus+ à partir de 2027. Keir Starmer, Premier ministre du Royaume-Uni, tente de renouer avec l’Union européenne (UE) à travers des négociations et des accords : réintégrer le programme de mobilités à l’international de l’UE en faveur de l’éducation, de la formation, de la jeunesse et du sport marque une étape clé de ce rapprochement.
Le programme Erasmus+ permet chaque année à des milliers de jeunes d’étudier, de se former, de travailler, d’effectuer un stage ou un volontariat dans un autre pays européen. Lorsque le Royaume-Uni a quitté l’UE le 31 janvier 2020, puis a signé l’Accord de commerce et de coopération en décembre 2020, il s’est retiré du principe de libre circulation des personnes de part et d’autre de la Manche et donc également d’Erasmus+.
Une mobilité étudiante limitée depuis le Brexit
La mobilité des étudiants s’est donc retrouvée limitée, aussi bien pour ceux originaires des 27 pays de l’Union européenne que pour ceux venant d’Angleterre, de l’Écosse, du Pays de Galles et de l’Irlande du Nord. Il y a eu une baisse importante des départs en échange universitaire des étudiants britanniques vers les établissements européens. Alors qu’environ 10 000 étudiants britanniques bénéficiaient chaque année du programme, son remplacement par le Turing Scheme, le programme de mobilité internationale mis en place à l’échelle du Royaume-Uni, n’a pas permis de maintenir le même niveau d’intégration avec les établissements européens.
Au sein des universités britanniques, les frais de scolarité pour les étudiants européens ont été multipliés jusqu’à trois ou quatre fois, constituant un frein pour de nombreux jeunes. Avant, les étudiants européens profitaient de frais de scolarité plafonnés à 9 250 £, environ 11 000 €, alors qu’aujourd’hui le montant de certaines écoles avoisine les 38 000 £, soit 45 000 €. Face à cette envolée des coûts, beaucoup d’étudiants européens se sont tournés vers d’autres destinations pour faire leurs études ou alors ont été contraints d’emprunter davantage ou de chercher un emploi à côté pour financer leurs études au Royaume-Uni.
La procédure administrative s’est aussi complexifiée puisque pour effectuer un séjour sur le territoire de plus de 6 mois, les étudiants doivent obtenir un visa, les éloignant potentiellement à nouveau de l’idée d’étudier de l’autre côté de la Manche.
Au-delà de l’aspect pratique, c’était aussi la perte d’un symbole fort d’intégration européenne pour une partie de la jeunesse britannique, pour qui Erasmus+ était une expérience concrète de circulation, de rencontre et d’appartenance à un espace commun au-delà des frontières nationales.
Un accord qui changera le quotidien des étudiants
À la fin de 2025, Londres et Bruxelles avaient conclu un accord politique prévoyant le retour du Royaume-Uni dans Erasmus+ à partir de 2027. Les modalités ont ensuite été précisées en avril 2026. Une des conditions négociées par Keir Starmer est une réduction de 30 % de la participation financière versée par le Royaume-Uni pour faire partie du programme en tant que pays non-membre de l’UE.
Pour les étudiants européens, cela signifie qu’il sera de nouveau plus simple de partir étudier, d’effectuer un stage ou de participer à des projets de volontariat au Royaume-Uni. Plus de 100 000 étudiants pourront normalement en profiter dès la première année. Les procédures administratives, la reconnaissance de crédits universitaires ou encore la prise en charge d’une partie des coûts liés à la mobilité devraient être simplifiées puisque la procédure suivra la logique d’Erasmus+ et rapprochera les universités des différents pays.
Les jeunes Britanniques retrouveront un accès direct à un réseau de milliers d’universités, d’écoles et d’organisations à travers l’Europe. Au-delà d’une expérience académique et sociale, c’est aussi un atout pour leur futur : cela permet d’améliorer leurs compétences linguistiques, de gagner en autonomie et de développer une expérience internationale.
Toutefois, il n’y aura pas de retour à l’identique puisque le Royaume-Uni reviendra en tant que pays tiers associé au programme, au même titre que la Macédoine du Nord, la Serbie, l’Islande, le Liechtenstein, la Norvège ou encore la Turquie.
Un nouveau souffle pour la relation entre l’Union européenne et le Royaume-Uni
Sur le plan politique, ce retour au sein d’Erasmus+ d’un pays qui avait quitté l’UE six ans plus tôt est vu comme un signal de rapprochement entre Bruxelles et Londres. Sans remettre totalement en cause le Brexit, Keir Starmer, élu en juillet 2024, s’inscrit dans une logique de coopération renforcée avec l’UE, notamment face au monde incertain d’aujourd’hui. Le Premier ministre souhaite replacer le Royaume-Uni au centre de l’Europe, tout en gagnant en puissance sur le plan économique, commercial ou encore sur les sujets de défense et de sécurité.
La rupture entre le gouvernement travailliste actuel et les précédents gouvernements conservateurs sur les relations UE/RU se fait ressentir, tout comme les débats houleux à la Chambre des communes opposant europhiles et eurosceptiques de tous bords politiques.
La volonté de se rapprocher de l’UE via Erasmus+ ne constitue néanmoins pas un retour à la normale des relations entre Bruxelles et Londres, puisque ce geste reste limité à un secteur et ne s’attaque pas aux divergences politiques, économiques et sociales persistantes. Un véritable rééquilibrage des relations entre le Royaume-Uni et l’UE, garantissant une stabilité durable sur les plans économique, commercial, universitaire et diplomatique, est peut-être à venir, mais demandera des négociations plus ambitieuses et une volonté politique durable de part et d’autre de la Manche.















