Les relations économiques entre l’Union européenne et la Chine occupent aujourd’hui une place centrale dans le commerce mondial : elles représentent environ 30 % des échanges commerciaux internationaux. Si les enjeux politiques, notamment les questions liées aux droits de l’homme, sont souvent évoqués dans le débat public, c’est la dimension économique et commerciale de cette relation que nous allons aborder dans cet article. Les discussions lors d’une conférence, donnée à CY Cergy Paris Université, ont notamment porté sur les tensions liées aux droits de douane, aux surcapacités industrielles chinoises et aux risques de dépendance dans les technologies vertes, ou clean tech. La question centrale demeure : quelle stratégie l’Union européenne doit-elle adopter face à la Chine ?
Une relation économique majeure mais ambivalente
Pour Nicolas Dross, conseiller économique et politique commerciale à la Représentation de la Commission européenne en France, la Chine constitue aujourd’hui la deuxième économie mondiale, avec une croissance annuelle d’environ 5 %. Les relations économiques entre l’UE et la Chine représentent à elles seules près d’un tiers du PIB mondial. La Chine est désormais le deuxième partenaire commercial de l’Union européenne après les États-Unis, tandis que l’UE constitue le premier partenaire commercial de la Chine. Depuis son adhésion à l’OMC en 2001, les exportations européennes vers la Chine ont doublé au cours des dernières années. Cette relation offre de nombreuses opportunités économiques. Le marché chinois est immense et en forte croissance, ce qui profite à plusieurs secteurs européens, notamment le luxe, l’aéronautique ou encore certaines industries technologiques.
Au-delà de ces exportations, la Chine joue aussi un rôle important dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, notamment pour certaines matières premières ou pour la sous-traitance industrielle. Elle est aussi un acteur stratégique incontournable dans plusieurs domaines internationaux comme la lutte contre le changement climatique. Sur le plan des investissements, l’Union européenne reste également très présente en Chine : les investissements européens y atteignent environ 200 milliards d’euros.
Les risques : concurrence déloyale et instrumentalisation économique
Malgré ces opportunités, les relations économiques avec la Chine comportent également des risques croissants. Dans l’opinion publique européenne, la Chine est de plus en plus perçue comme un concurrent, voire un rival systémique. Plusieurs secteurs industriels européens sont confrontés à une concurrence jugée déloyale, notamment dans la métallurgie ou la chimie. L’Union européenne, qui dispose de l’un des marchés les plus ouverts au monde, se retrouve particulièrement exposée à ces pratiques.
Un autre risque majeur réside dans l’instrumentalisation des dépendances économiques avec par exemple le cas des terres rares. Pendant longtemps, l’Europe a accepté de dépendre de la Chine pour ces ressources. Toutefois, la crise du COVID-19 a montré la fragilité de cette situation, notamment lorsque Pékin a introduit des licences d’exportation restrictives. Ces pratiques illustrent la manière dont certains instruments économiques peuvent être utilisés comme des armes géopolitiques.
Les outils de défense commerciale de l’Union européenne
Face à ces pratiques, l’Union européenne dispose de plusieurs instruments de défense commerciale. Le premier concerne la lutte contre le dumping, qui consiste à vendre un produit à l’étranger à un prix inférieur à celui pratiqué sur le marché domestique. Un autre mécanisme concerne les subventions publiques. Dans ces situations, l’Union européenne peut imposer des droits anti-dumping ou anti-subventions, qui s’ajoutent aux droits de douane classiques. Par exemple, ces mesures ont été appliquées récemment dans le secteur des voitures électriques chinoises. L’UE peut également utiliser des mesures de sauvegarde lorsque les importations d’un produit augmentent brutalement.
Aujourd’hui, près des deux tiers des mesures de défense commerciale européennes concernent la Chine, même si certaines touchent aussi des pays tiers comme le Vietnam ou l’Égypte parce que des entreprises chinoises y produisent pour contourner les règles commerciales. Certains responsables européens défendent également l’idée d’une préférence européenne dans certains secteurs stratégiques.
Les technologies vertes : un nouvel enjeu stratégique
La conférence s’est également penchée sur le rôle des technologies vertes, au cœur de la transition énergétique. Selon Joseph Dellatte, responsable des études Énergie et Climat à l’Institut Montaigne, quatre technologies jouent un rôle central dans la décarbonation des économies : les batteries, les éoliennes, les panneaux solaires et les électrolyseurs, qui permettent de produire de l’hydrogène. Or, la Chine domine aujourd’hui largement la production mondiale de ces technologies.
Dans le secteur des clean tech, environ la moitié de la production est destinée au marché chinois, tandis que près de 40 % est exportée. La question des matières premières est également centrale. Enfin, les relations économiques avec la Chine peuvent parfois s’inscrire dans un contexte de tensions géopolitiques régionales, comme celles opposant la Chine et le Japon autour de certains territoires insulaires. Dans ces situations, les outils économiques peuvent être utilisés pour affaiblir des acteurs stratégiques, notamment dans les secteurs liés à la défense ou aux technologies sensibles.
Trouver un équilibre stratégique
Au final, les relations entre l’Union européenne et la Chine se caractérisent par une forte interdépendance économique. La Chine représente à la fois un marché crucial pour les entreprises européennes et un concurrent industriel de plus en plus puissant. L’enjeu pour l’Union européenne consiste donc à préserver les bénéfices économiques de cette relation tout en réduisant les risques de dépendance stratégique. Cela implique de renforcer les instruments de défense commerciale, de soutenir davantage l’innovation industrielle européenne et de sécuriser l’accès aux ressources et aux technologies essentielles à la transition énergétique.
















