Le 16 septembre dernier, Ursula von der Leyen, actuelle présidente de la Commission européenne, s’est adressée au Parlement européen pour son traditionnel discours sur l’état de l’Union. Cet exercice annuel fixe les grandes orientations politiques et les priorités de l’Union pour l’année à venir.
Face à une scène internationale qu’elle décrit comme de plus en plus hostile, la présidente de la Commission a placé son intervention sous le signe d’une Europe plus souveraine, unie et protectrice. Revenant sur les crises successives qui ont secoué le continent ces douze derniers mois, elle a martelé une conviction : c’est uniquement par l’unité et la solidarité que l’Union Européenne est parvenue à surmonter les épreuves.
Cap sur la souveraineté énergétique et industrielle
Premier axe fort : briser les dépendances stratégiques de l’UE. Ursula von der Leyen a mis en garde contre la vulnérabilité européenne et insisté sur la nécessité de rester indépendant notamment vis-à-vis des matières premières critiques qui proviennent pour certaines à 80 % de la Chine et des ressources énergétiques qui reposent encore sur le Russie malgré de nombreux efforts mis en place depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022.
Pour y répondre, Bruxelles entend accélérer le déploiement d’énergies propres et produites localement (renouvelables, nucléaire, biométhane). L’objectif est double : réduire la vulnérabilité géopolitique de l’Europe tout en stimulant l’économie locale.
À ce sujet, Ursula von der Leyen s’est voulue très claire :
“Notre objectif est de doubler la part de l’électricité d’ici à 2040. Grâce à cela, l’Europe pourrait réduire de 260 milliards d’euros par an sa facture d’importation de combustibles fossiles”.
Un objectif ambitieux qui aura d’autres retombées positives notamment pour le climat.
Urgence climatique : L’Europe tiendra le cap
Cette transition énergétique s’inscrit au cœur d’un été marqué par des vagues de chaleur dramatiques à travers toute l’Union. La présidente de la Commission dresse un bilan tragique : “660 000 hectares entièrement ravagés par les flammes. Quelque 12 millions de tonnes de cultures perdues.” and “Plus de 35 000 décès supplémentaires pendant les vagues de chaleur.”. L’exécutif européen refuse tout recul environnemental.
“Cela ne fait aucun doute : l’Europe peut, doit et va maintenir le cap sur ses objectifs climatiques. »
Pour réagir à cela en plus de continuer à investir dans l’énergie propre, elle promet la mise en place de différentes mesures concrètes comme un plan de résilience climatique ciblant les 100 territoires les plus vulnérables, une « Alliance d’assurance climat », un plan canicule européen, et une initiative sur l’eau qui se raréfie en Europe.
Compétitivité économique et défense commune
Sur le plan économique, l’UE entend continuer à suivre certaines recommandations des rapports Draghi et Letta pour réduire la bureaucratie et alléger les charges administratives pesant sur les entreprises. Par ailleurs, l’uniformisation d’un marché unique jugé encore trop morcelé par von der Leyen est une priorité, la présidente vise un calendrier resserré “d’ici la fin de l’année prochaine, nous pouvons et devons achever cette refonte historique du marché unique.”.
Sur le front de la défense et de la sécurité, le contexte géopolitique tendu pousse l’Europe à monter en puissance : hausse des budgets militaires, renforcement de la coordination avec l’idée bien ancrée d’un futur “Conseil de sécurité européen” et réaffirmation de son soutien à l’Ukraine.
Enfin, l’UE tente en parallèle de rattraper son retard important sur l’intelligence artificielle tout en réaffirmant avoir conscience des dangers qui l’accompagnent ainsi que de sa volonté à l’utiliser à bon escient :
“Faire passer l’IA de l’écran à l’économie réelle et à la société. Dans les ateliers. Dans les services hospitaliers. Dans l’agriculture de précision. Dans nos réseaux énergétiques. Les réseaux intelligents. Pour la conduite autonome. Pour la défense.”
Deux annonces phares
Deux annonces novatrices ont été faites : la proposition d’un « EU Kids Act » pour une utilisation graduelle des réseaux sociaux des plus jeunes entre 13 et 15 ans, et la proposition de membre associé de l’UE faite au Canada et au Premier ministre Mark Carney, présent dans l’hémicycle. Une idée déjà connue mais qui prend une résonance toute particulière au regard du climat international actuel où il devient nécessaire de diversifier ses alliances.
Un discours déjà remis en question
Quelques critiques sont d’ores et déjà apparues. Le financement de ce programme est questionné et beaucoup doute de sa faisabilité. Pour la défense, malgré la bonne volonté de la Commission, la réalité institutionnelle et la nécessité d’une unanimité sur la politique étrangère empêche pour le moment la création d’un “Conseil de sécurité européen”. Enfin, les médias, les ONG et les partis de la gauche notamment écologiste accusent la Commission d’un double discours. D’un côté, la présidente dresse un constat alarmant ; de l’autre, sa volonté d’alléger la bureaucratie sous couvert de “compétitivité” freine les normes environnementales et se concentre uniquement sur la gestion de crise plutôt que sur la prévention climatique.















