Précarité menstruelle en Europe : un enjeu social et sanitaire majeur

Longtemps reléguée à la sphère privée, la question des règles s’impose désormais comme un véritable enjeu de santé publique en Europe. Selon une étude d’OpinionWay Healthcare pour l’association féministe Règles Élémentaires, publiée en 2025, la précarité menstruelle touche aujourd’hui une part importante de la population européenne. Près de 42 % des personnes menstruées déclarent y avoir été confrontées au cours des douze derniers mois. Cela représente près de 50 millions d’individus sur les 112 millions de personnes menstruées estimées dans l’UE.

La précarité menstruelle désigne le manque d’accès aux protections, à l’information et aux soins nécessaires pour vivre ses règles dignement. Contrairement aux idées reçues, elle ne touche pas uniquement les populations les plus précaires : l’enquête menée auprès de 5 008 personnes dans les 27 États membres montre qu’elle concerne l’ensemble des catégories sociales.

Un tiers des femmes interrogées a ainsi renoncé à acheter des protections menstruelles pour des raisons financières au cours de l’année écoulée. 13 % des répondantes ont dû sacrifier d’autres dépenses essentielles (alimentation, hygiène ou carburant) pour pouvoir se protéger. Cette proportion grimpe à 22 % chez les 18-24 ans, révélant une précarité accrue chez les jeunes femmes et étudiantes.

À l’échelle d’une vie, le coût cumulé des produits menstruels peut atteindre 27 000 euros, un poids financier considérable qui contribue à renforcer les inégalités économiques entre les sexes.

Le poids du tabou et du manque d’information

Au-delà de la dimension matérielle, la précarité menstruelle est aggravée par un silence social persistant. Plus de la moitié des Européens (51 %) considèrent encore les règles comme un sujet tabou. Ce manque de connaissances retarde les diagnostics, banalise la douleur et limite l’accès aux soins. Cette étude « souligne aussi la réelle urgence à remettre les règles au centre de l’échiquier politique et social car le tabou a un impact démesuré sur les inégalités de genre » explique sur son site internet le mouvement #MenstrualMattersEU, qui regroupe plusieurs associations européennes. 

Quelle réponse européenne ?

Face à ce constat, les institutions européennes commencent à se saisir du sujet. Dans une résolution adoptée en juin 2021, le Parlement européen a encouragé les États membres à réduire la TVA sur les produits menstruels, reconnaissant leur caractère essentiel. Toutefois, l’impact de ces mesures reste limité sans approche globale, rapportent certains eurodéputés.

Des initiatives nationales en progression

Certains pays ont néanmoins engagé des avancées concrètes. L’Écosse fait figure de pionnière en ayant instauré la gratuité des protections menstruelles en 2020. Dès 2025, la question a été abordée en France qui prévoit le remboursement de certains produits menstruels pour les moins de 25 ans. Cette mesure n’a pas encore été mise en œuvre. 

Un enjeu de dignité et d’égalité

La précarité menstruelle touche à la dignité, à la santé et à l’égalité entre les sexesAlors que près d’une personne menstruée sur deux est concernée en Europe, les chiffres de #MenstrualMattersEU rappellent une réalité incontestable : garantir la santé menstruelle n’est pas un privilège, mais un droit fondamental.